Interview Thierry SERAY
Interview Thierry SERAY

Thierry Seray : “Le sport associatif n’est pas en crise. Il est en décalage.”

Le sport associatif français occupe une place unique dans les territoires. Il accueille, forme, crée du lien et structure des parcours de vie. Mais il fait face à un décalage de plus en plus visible entre son fonctionnement historique, l’évolution des pratiques sportives, les attentes des publics et les nouvelles logiques de partenariat. Dans cet entretien, Thierry Seray met des mots clairs sur ces mutations et sur les défis très concrets auxquels les clubs sont déjà confrontés.

L’interview : 

Le sport associatif n’est pas en crise. Il est en décalage.

Regards croisés avec Thierry Seray**

Le sport associatif français a un maillage unique.

Il accueille, il forme, il crée du lien, il structure des vies.

Mais il vit un décalage qui s’élargit.

Et ce décalage n’est pas nouveau : ça fait plus de 40 ans que certains le décrivent.

Ce qui change, c’est qu’aujourd’hui ce n’est plus un débat d’experts : c’est le quotidien des clubs. Les pratiques évoluent, les publics bougent, le climat bouscule les saisons et l’usage des infrastructures… et les budgets se tendent.

Dans le même temps, les entreprises (y compris les entreprises locales) ne soutiennent plus “par réflexe”. Elles attendent du concret, de l’utilité, des retombées visibles. Le partenariat n’est plus un automatisme : c’est une relation à construire.

Thierry Seray observe ces mouvements depuis son bureau de tendances : usages, territoires, entreprises, mutations sociétales.

Pas pour sortir des recettes.

Pour mettre des mots précis sur ce que le sport associatif voit mal… ou ne veut pas voir et sur ce qui est déjà en train d’émerger.

1. Le décalage permanent

Question :

Quand on parle de sport associatif, tu observes un décalage grandissant. Il se situe où, selon toi, en premier : dans les usages, dans les publics, dans le modèle économique… ou dans la façon dont les clubs se racontent ?

Réponse :

Le sport associatif est une nécessité qui porte un beau projet. Il rend le sport accessible partout en France et pour des budgets raisonnables. C’est précieux. Ce constat étant posé, il est au service des enfants et des jeunes et porte un projet lié à l’apprentissage, ainsi qu’un récit lié à l’excellence et à la compétition. Or, c’est moins adapté que dans le passé : tout du moins, le club pourrait s’ouvrir à d’autres publics, à d’autres approches du sport.

2. Des usages qui ont pris de l’avance (le sport “réel” vs le sport “organisé”)

Question :

Les pratiques sportives évoluent plus vite que leurs cadres d’organisation. Pourquoi le sport institutionnel semble-t-il systématiquement en retard sur les usages réels ?

Réponse :

Pour la raison que je viens d’évoquer. Les fédérations ne s’adaptent que très peu aux évolutions des pratiques sportives, des imaginaires et des attentes. J’entends souvent parler de « marchandisation » du sport. Mais le secteur privé – finalement des individus – mène des initiatives et répond à des besoins. Il est, par nature, plus souple, plus réactif, plus inventif aussi. L’Hyrox en est le dernier exemple ; les salles de grimpe ou les running clubs aussi.

3. Le club : un rôle devenu trop étroit

Question :

Le club reste majoritairement pensé comme un organisateur de pratique et de compétition. Pourquoi ce rôle te paraît-il aujourd’hui insuffisant face aux attentes des pratiquants et des territoires ?

Réponse :

Question pertinente et question clé pour l’avenir du club. Le club doit continuer à assurer sa mission : transmettre une passion, apprendre aux enfants, emmener ceux qui le peuvent vers le haut niveau, et on ne remerciera jamais assez tous ces bénévoles qui donnent leur temps. Mais il pourrait aussi s’ouvrir à d’autres publics. Je le concède : c’est plus aisé à dire qu’à faire.

4. Les publics que le sport associatif peine à embarquer

Question :

Les clubs parlent beaucoup “de licenciés”, rarement “de publics”. Quels publics le sport associatif a-t-il le plus de mal à attirer, à garder ou à comprendre aujourd’hui ?

Réponse :

C’est un vrai sujet, c’est une question de culture. La licence est une vraie obsession parce qu’elle est synonyme de financement, et elle empêche de voir le sujet sous un autre angle : s’adresser à d’autres publics, sous l’angle du service notamment. Mais ce n’est pas simple. J’ai trois décennies de sports nautiques derrière moi et pas une année de licence, parce que je n’en avais pas besoin ni envie. Par contre, j’étais heureux comme un gosse, à 54 ans, d’avoir ma première licence de taekwondo. Pour le public, il me semble qu’il y a trois sujets : le fameux décrochage après 14/15 ans, l’attention qu’on doit porter aux filles, et tous ceux que le sport traditionnel s’entête à appeler les masters ou les seniors… ceux qui ont au-dessus de 30 ans.

5. Budgets qui se tendent : le moment où le modèle craque

Question :

Beaucoup de clubs restent dépendants des cotisations annuelles et des recettes générées par leur communauté, avec une organisation très bénévole. Pourquoi ce modèle devient-il plus fragile aujourd’hui, et quels signaux montrent que la tension budgétaire va durer ?

Réponse :

Ce modèle n’est pas commercial, et c’est son sens, sa philosophie. Il est peut-être fragilisé par le fait que son offre n’évolue pas, ou peu, et que beaucoup de sportifs vont ailleurs pour trouver ce dont ils ont besoin.

6. Climat : une contrainte déjà là (et pas “pour plus tard”)

Question :

Le changement climatique impacte déjà très concrètement les conditions de pratique et l’usage des infrastructures. Pourquoi le sport organisé continue-t-il à le traiter comme un sujet secondaire, alors qu’il rebat déjà les cartes ?

Réponse :

C’est, de toute façon, un sujet très difficile à traiter. J’imagine que, pour le sport organisé, le nombre de contraintes est encore supérieur. De plus, les différentes disciplines sont, par nature, très codées, très figées, et il est encore plus compliqué de les faire évoluer.

7. Entreprises : fin du partenariat “réflexe”

Question :

Pendant longtemps, les entreprises ont soutenu les clubs par réflexe, parfois par habitude. Qu’est-ce qui déclenche aujourd’hui un engagement réel… et qu’est-ce qui ne fonctionne plus du tout ?

Réponse :

Les réseaux sociaux ont transformé en profondeur la manière de communiquer. Soutenir le club local reste un levier compréhensible, mais ça ne suffit plus parce que l’impact n’était pas forcément mesurable. Il y a aujourd’hui de nouveaux leviers pour créer de l’engagement.

8. Le sport local redevient stratégique (y compris pour les entreprises locales)

Question :

On voit un intérêt croissant des marques pour des actions ancrées dans les territoires. Pourquoi le club local redevient-il, selon toi, un point de contact crédible avec les populations pour une marque ?

Réponse :

Beaucoup d’acteurs économiques sont liés à un territoire, même lorsqu’ils rayonnent à l’international. Leur « ancrage » est souvent même cité dans les valeurs ou les fondamentaux des stratégies de marque. Tout comme l’authenticité, le lien social, l’inclusion, la transmission. Dans une époque compliquée où chacun cherche ses repères, le village, la ville, la région nous réunissent.

9. L’offre club : le test du “stylo rouge”

Question :

Tu prends un dossier partenaires “classique” d’un club : qu’est-ce que tu barres, qu’est-ce que tu ajoutes pour intéresser une entreprise (même locale), et qu’est-ce que ça oblige le club à savoir faire derrière ?

Réponse :

Ce que j’observe le plus souvent — pas dans les clubs, mais dans les dossiers de sponsoring — c’est l’attention portée à définir le projet en lui-même, et peu de place laissée pour que l’entreprise se voie dans ce projet : en quoi l’adéquation tient, pour quelles raisons devons-nous faire route ensemble, hormis les généralités habituelles.

10. Structuration : le vrai point de bascule

Question :

Pourquoi la structuration des clubs et la montée en compétence des dirigeants deviennent-elles aujourd’hui déterminantes pour entrer dans ces nouvelles logiques de partenariat avec les entreprises ?

Réponse :

Je trouve qu’aujourd’hui on attend de plus en plus de choses du sport. Qui plus est, gérer un club aujourd’hui est sans doute beaucoup plus complexe que dans les années 70 : les contraintes réglementaires ont augmenté, l’attente des parents également, tout comme dans l’enseignement. Enfin, il y a aussi des répercussions budgétaires à tout ceci. Bref, le club doit être capable de comprendre la logique de l’entreprise à laquelle il s’adresse. On en revient à la question précédente.

Pour conclure

Cet échange met en lumière un décalage très concret :

les usages évoluent, les attentes des entreprises aussi, les contraintes (climat, infrastructures, budgets) s’installent… et le sport associatif reste souvent peu outillé pour s’adapter à la vitesse du réel.

C’est précisément là que s’inscrit la vision portée par Wellclub :

aider les clubs et les têtes de réseau (comités/districts/ligues) à se structurer, former les dirigeants, clarifier les projets, pour construire des partenariats plus utiles, plus équilibrés, et plus ancrés dans les territoires.

Pas pour changer la nature des clubs.

Mais pour leur donner les moyens de rester solides dans un environnement qui, lui, a déjà changé.

La réussite de nos interventions est basée sur la mise en place auprès des personnes ressources du club d’une formation théorique agréée Qualiopi…
…et d’un accompagnement terrain pour mettre en oeuvre un plan d’action adapté aux besoins du club.
ENSEMBLE, METTONS EN OEUVRE LA MODERNISATION DE VOTRE CLUB